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Humilité

By Spencer W. Kimball
Discours donné aux etudiants de Brigham Young University le 16 janvier 1963

Mes étudiants bien aimés de l'Université de Brigham Young. C'est toujours un plaisir de venir ici, d'être en votre compagnie, de ressentir votre esprit. Je prie pour que le Seigneur me bénisse tandis que je vous adresse la parole ce matin.

Alors que je parcourais bien des missions ces dernières vingt années et que je rendais visite aux jeunes missionnaires, une question, plus que toute autre, m'a été posée. Ils se sont rendu compte des réalités de la vie, ont eu à faire face à des difficultés presque insurmontables ainsi qu'une forte opposition. Ayant maintenant affaire au surnaturel et aux impondérables, ils réalisent que les choses des hommes sont comprises par l'esprit des hommes, mais que les choses de Dieu ne peuvent être comprises que par l'esprit de Dieu. Ils savent que la spiritualité vient de l'humilité, et ils demandent, "Comment puis-je acquérir de l'humilité?"

Le dictionnaire dit que l'humilité est "l'absence d'orgueil ou d'arrogance; acte de soumission; modestie, douceur," et dit "la douceur, c'est l'absence de colère; la patience dans les souffrances; la longanimité" et, dans un sens moins favorable, "sans entrain."

Nous écarterons la dernière signification, car le Seigneur ne manquait certainement jamais d'entrain. Seul, armé uniquement d'un fouet, il a chassé les changeurs du temple. Confronté par des dépravés qui voulaient lapider une adultère, il les mit tous en fuite. Il adressa des reproches aux milliers d'habitants de Chorazin, Bethsaida et Capharnaüm sans un garde pour le protéger. Seul face à ses accusateurs, il les réprimanda et les condamna. L'on peut étre intrépide et doux à la fois. L'on peut être courageux et humble.

Trop parmi nous disent dans leur coeur ce que les enfants d'Israël disaient à Moïse:

. . . Ma force et la vigueur de ma main m'ont acquis ces richesses. Souviens-toi de l'Eternel, ton Dieu, car c'est lui qui te donnera de la force pour les acquérir. . . . (Deutéronome 8:17,18)

Nous disons, "C'est mon cerveau qui a rendu cette invention possible. C'est de mon intelligence supérieure que vient cette grande connaissance. C'est ma force qui porte ce fardeau."

A la suite de sa prière, sa prière exemplaire pour nous, le Seigneur a dit,

Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, plein de douceur et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse. (Matthieu 21:5)

Quel acte plus humble pour un roi que de se promener sur un âne? Il était fier de Son message mais il était disposé de s'abstenir de toute l'adulation et des louanges auxquelles pourrait s'attendre un monarque.

Il a dit dans ses Béatitudes, "Et bénis sont ceux qui sont doux de coeur, car ils hériteront la terre" (3 Néphi 12:5). Il disait là que seuls ceux qui sont assez humbles pour renoncer aux gloires vaines du monde et pour marcher dans les pas de la droiture -- pas qui peuvent être durs à suivre et impopulaires -- posséderont la terre. Quand la terre sera renouvelée et recevra sa gloire paradisiaque, seuls ceux qui auront été assez doux pour suivre l'humble Nazaréen, ceux qui auront fait face à tous les problèmes de la vie et les auront surmontés, posséderont les biens fonciers de cette sphère rendue céleste. "Bénis ceux qui sont doux de coeur."

Si le Seigneur était doux, modeste et humble, alors, afin de devenir humble, l'on doit faire ce qu'il a fait en dénonçant vaillament le mal, en faisant aller de l'avant courageusement les oeuvres juste, en faisant face à chaque problème avec détermination, en devenant maître de soi-même et des situations dans lesquelles on se trouve et en étant presque inconscient de tout honneur personnel.

L'humilité n'est pas prétentieuse, présomptueuse, ni orgueilleuse. Elle n'est pas faible, vacillante, ni servile.

Dans l'exemple de prière donné par le Seigneur, il l'a débutée en s'adressant à son Père dans les cieux et l'a terminée par ces mots: "Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire, Amen." (Matthieu 6:13)

L'humilité et la douceur sont des vertues, non pas des faiblesses. Ces mots suggèrent une douceur constante de caractère et l'absence de colère et de passion. L'humilité ne suggère ni affectation, ni actions pompeuses. Elle n'est pas impétueuse ni grandiloquente. Ce n'est pas de la docilité servile. Elle ne se laisse pas intimider ni effrayer. Aucune ombre, aucun tremblement de feuille ne la terrorise.

Comment devient-on humble? Je pense que l'on doit constamment se souvenir de sa dépendance. Dépendant de qui? Du Seigneur. Comment peut-on s'en souvenir? Par la prière sincère, constante, emplies d'adoration et de reconnaissance.

"Comment puis-je rester humble?" demande le brillant missionnaire. En se souvenant fréquemment de ses propres faiblesses et de ses propres limites, non pas au point de se déprécier, mais en faisant une évaluation guidée par un honnête désir de rendre crédit là où le crédit est dû.

L'humilité est le fait d'être enseignable -- la capacité de reconnaître que nous ne détenons pas toutes les vertus et toutes les aptitudes.

Cowper dit ceci:

La connaissance est fière qu'elle ait tellement appris;
La sagesse accepte avec humilité qu'il n'en sache pas davantage.

John M. Coulter a dit:

Personne ne devrait jamais regarder le monde du fond de son propre puits et imaginer que la tache de ciel qu'il peut apercevoir est tout ce qu'il y a à apercevoir.

L'humilité est gracieuse, tranquille, sereine; dépourvue de pompe, de spectaculaire et de théâtral. Elle est soumise, bienveillante, compréhensive -- elle n'est pas grossière, flagrant, bruyante ou laide. L'humilité n'est pas juste un homme ou une femme, mais un parfait gentleman et une parfaite lady. Elle ne se pavane jamais ni ne fanfaronne. Ses oeuvres fidèles et discrèts seront la marque de ses propres accomplissements. Elle ne se place jamais au centre de l'estrade, laissant à tous les autres des rôles secondaires. L'humilité n'accuse ni ne querelle. Elle n'est pas vantarde, comme Uriah Heap, dont le portrait a été dressé par Dickens, et qui disait,

Je suis bien conscient d'être la personne la plus humble sur la face de la terre. . . . Ma mère est aussi une personne très humble. Nous vivons dans une humble demeure.

William Jennings Bryan, au siècle dernier, nous a dit ceci:

Le plus humble citoyen de tout le pays, quand il est revêtu de l'armure d'une cause juste, est plus fort que toutes les armées de l'erreur." (Discours donné lors de la Convention Démocrate nationale, 1896)

Quand l'on devient conscient de sa grande humilité, on l'a déjà perdue. Quand l'on commence à se vanter de son humilité, elle est déjà devenue de l'orgueil, l'antithèse de l'humilité.

L'humilité est repentante et ne cherche pas à justifier ses folies. Elle pardonne aux autres, réalisant qu'il peut y avoir des erreurs, de la même sorte ou pire, mises sur son propre compte. A ce propos, Paul dit,

O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.
Et penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui commettent de telles choses, et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? (Romains 2:1,3)

L'humilité n'ambitionne ni popularité ni notoriété; elle ne réclame aucun honneur.

L'humilité n'est pas louange hypocrite et flatterie. L'humilité, c'est marquer les articles à leur propre valeur, ni excessivement cher en vue d'un profit extravagant ni en solde au comptoir des occasions de l'entre-sol.

Ce n'est pas se diminuer -- se cacher dans un coin, la dévaluation de tout ce que l'on pense ou fait ou dit; mais c'est faire de son mieux en toutes occasions et laisser ses actions, ses expressions et ses accomplissements parler largement d'eux-mêmes. Ce n'est pas vendre sa dignité et son honneur pour de l'argent ou une revanche comme dans le cas de Shylock. Shakespeare lui a fait dire:

Est-ce qu'un chien a de l'argent? Est-il possible
Qu'un sale chien prête trois mille ducats? ou
M'abaisserai-je et, à la manière d'un esclave,
En retenant mon souffle et dans un murmure d'humilité
Dirai-je ceci --
"Monsieur, vous m'avez craché dessus mercredi;
Vous m'avez rejeté avec mépris un autre jour; une autre fois
Vous m'avez traité de chien; et pour ces courtoisies
Je devrais donc prêter tout cet argent?" (Shylock, Le Marchand de Venise I, iii (117), Shakespeare)

Le paon ne donne aucun signe d'humilité, pas plus que le pigeon ne fait preuve de douceur lorsqu'il se pavane pour attirer l'attention de ses compagnons.

Fréquemment, lorsque des hommes sont appelés à des postes élevés dans des pieux, missions et paroisses, ils disent qu'ils sont disposés à servir mais qu'ils ne se sentent pas à la hauteur. Nous disons le plus souvent: "Nous sommes contents que vous disiez cela. Cela signifie que vous ferez preuve d'humilité et que vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour vous rendre compétent. Vous ferez appel au Seigneur, la source du pouvoir et de la force." Quelle satisfaction de retourner finalement vers le Seigneur en demandant sa bénédiction en récompense de ses efforts lorsqu'on peut honnêtement dire au Seigneur que l'on a fait tout ce qui était possible de faire pour se préparer.

L'humilité a la capacité d'évaluer correctement les éloges, les compliments et de les cataloguer. Ce qui est flatterie, exubérance, hypocrisie est jeté à la poubelle. Ce qui est exagéré doit être ramené aux proportions de sa juste valeur. Ce qui est correct peut être accepté simplement, gracieusement, être vite oublié et être utilisé comme stimulant pour une amélioration prochaine.

J'ai vu l'Humilité une fois quand elle a été baptisée dans une simple robe blanche -- aucun ornement, pas de maquillage, aucune ostentation, aucun étalage; cependant son mari et elle étaient immensément riches. Elle n'a demandé aucune faveur spéciale. Elle a été immergée, bien qu'elle sache que ses vêtements colleraient à sa peau, que sa chevelure pendrait informe, elle voulait reconnaître son besoin de l'évangile, du Seigneur, et de son peuple. C'était comme si elle avait été sur un radeau, flottant au milieu de l'océan sans rames, sans voiles, sans moteur, ou comme si elle avait été semblable à l'aveugle qui tâtonne seul en un endroit qu'il n'a pas l'habitude de fréquenter.

J'ai vu l'Humilité recevoir la Prêtrise d'Aaron, bien qu'il s'agissait d'un homme d'affaires très riche -- grand, beau, couronné de succès. Il distribuait la Sainte Cène avec les diacres -- les jeunes de douze ans -- rayonnant dans ce nouveau rôle, réalisant que "non pas où nous servons, mais comment nous servons" était le test véritable de la grandeur. Je l'ai vu plus tard au temple en blanc.

J'ai vu l'Humilité chanter dans le choeur. Elle avait chanté dans beaucoup de productions musicales, mais chantait maintenant dans le choeur de paroisse, reconnaissante de l'occasion. Je l'ai entendue rendre un témoignage empli de douceur après une bénédiction donnée par la prêtrise quand elle a été miraculeusement guérie. Une lumière nouvelle était dans ses yeux tandis qu'elle remerciait le Seigneur de sa guérison. Et je me suis souvenu de ce que le Seigneur a dit,

Et il n'est pas de chose où l'homme n'offense autant Dieu qu'en ne confessant pas sa main en toutes choses et en n'obéissant pas à ses commandements. (D&C 59:21)

J'ai vu l'Humilité encore. Il était jeune et vigoureux. on groupe d'amis suggérait des farces condamnables et au-dessous de la dignité d'hommes décents. Je l'ai entendu les convaincre que leur idée était déplacée et qu'il valait mieux retourner à des activités saines.

J'ai encore vu l'Humilité. Elle était jeune, belle, populaire. Elle ne se maquillait pas outrageusement; ses vêtements n'étaient pas extravagants; sa coiffure était simple; son sourire était irrésistible. Il n'y avait en elle rien de mauvaise qualité ou de voyant.

Le Seigneur connaissait la vie et il connaissait les hommes ainsi que leurs faiblesses basées sur la nature charnelle de l'homme. Apparemment, Il ne pouvait tolérer la comédie, la prétention et l'hypocrisie. Il critiquait sévèrement ce genre d'hypocrisie:

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l'apparence de longues prières. . . (Matthieu 23:14)

Les lèvres peuvent prononcer des mots doucereux tandis que le coeur est noir et vil. Ces hommes-là pourraient payer leur dîme et faire des dons pour se montrer et prier au coin des rues, adoptant l'attitude de l'humilité alors qu'ils étaient raides d'orgueil. Ces conducteurs aveugles étaient proverbiaux dans l'art de "peiner pour faire passer le moucheron et d'avaler le chameau" (Voir Matthieu 23:24). La façon qu'a Matthieu de les comparer aux tombes est cru. Le sépulcre est blanchi à la chaux à l'extérieur mais, à l'intérieur, il y a des cadavres ainsi que la puanteur de la décomposition. Il a dit de ces gens,

Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais, au-dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. (Matthieu 23:28)

Paul a fait le portrait du Seigneur et a dit,

. . . (il) s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; Et ayant paru comme un simple homme,
il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. (Philippiens 2:7,8)

Bien que ses accomplissements aient été spectaculaires, le Seigneur ne permettait aucune démonstration. Quand il a guéri le lépreux, Il l'a renvoyé, "Garde-toi d'en parler à personne. . ." (Matthieu 8:4)

Quand Il a relevé la fille de Jaïrus qui était morte, il a accompli le miracle dans l'intimité de la chambre de la malade, avec seulement pour témoins les parents et Pierre, Jacques, et Jean, laissant les gens qui pleuraient et qui poussaient des cris retentissants et l'ensemble du peuple à l'extérieur. Ensuite Il ". . . leur adressa de fortes récommendations afin que personne ne sût la chose. . ." (Marc 5:43)

Dans la plupart de ses guérisons, Il a semblé donner crédit à la propre foi des personnes pour lesquelles Il était intervenu, plutôt qu'à Son grand pouvoir, comme il l'a fait dans le cas de la femme qui a touché Son vêtement et qui a été guérie de la maladie qui la rongeait depuis douze ans. "Ma fille, ta foi t'a sauvée; va en paix" (Luc 8:48)

Il semble que le Seigneur appelle les faibles à servir dans des postes élevés. Moïse était comme cela. Bien qu'il ait été élevé dans les cours royales, il avait cependant des faiblesses et en était conscient.

. . . Qui suis-je, pour aller vers Pharaon. . . Je ne suis pas un homme qui ait la parole facile. . . j'ai la bouche et la langue embarrassées.
L'Eternel lui dit: Qui a fait la bouche de l'homme? et qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle? N'est-ce pas moi, l'Eternel?. . .
N'y a-t-il pas ton frère Aaron, le Lévite?. . .
Il parlera pour toi au peuple; il te servira de bouche, et tu tiendras pour lui la place de Dieu. (Exode 3:11; 4:10,11,14,16)

"Comment puis-je garder mon humilité," est-il demandé. Même Moïse, comme beaucoup d'entre nous, parut laisser son manteau d'humilité se rétrécir et se râper. Le peuple errant était arrivé au désert de Zin.

Il n'y avait point d'eau pour la l'assemblée. . .
Le peuple chercha querelle à Moïse. Ils dirent:. . . Pourquoi avez-vous fait venir l'assemblée de l'Eternel dans ce désert, pour que nous y mourions, nous et notre bétail?. . .
Ce n'est pas un lieu où l'on puisse semer, et il n'y a ni figuier, ni vigne, ni grenadier, ni de l'eau à boire. (Nombres 20:2-5)

Mais Moïse, indubitablement énnervé à la limite de l'endurance humaine, s'oublia et leur dit,

. . . Ecoutez donc, rebelles! Est-ce de ce rocher que nous vous ferons sortir de l'eau? (Nombres 20:10)

Le Seigneur fut mécontent que Moïse présume d'accomplir le miracle. Je peux imaginer le Seigneur dire quelque chose du genre: "Qui, as-tu dit? Qui a créé l'eau? Qui a créé le rocher? Moïse! Qui a fait jaillir l'eau du rocher?" Et Il dit,

. . . Parce que vous n'avez pas cru en moi, pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël, vous ne ferez point entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne. (Nombres 20:12)

Moïse, ce fut certainement un jour fort triste. Tu avais fait un si bon travail en conduisant Israël hors d'Egypte. Tu as été si patient, en général, avec leurs plaintes et leurs rébellions. Oh, Moïse, pourquoi as-tu laissé ton humilité se détériorer? Tu fus autrefois reconnu pour être ". . . fort patient, plus qu'aucun homme sur la face de la terre." (Nombres 12:3)

L'apôtre Jacques a demandé un jour,

Quelqu'un parmi vous est-il malade? Qu'il appelle les anciens de l'Église, et que les anciens prient pour lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur; la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera. . . (Jacques 5:14,15)

Quand les malades, par l'entremise d'une bénédiction donnée par les anciens, sont guéris et surtout lorsque la guérison est particulièrement miraculeuse, il y a la tentation, pour les anciens qui officient, de parler de l'affaire et presque de s'en vanter. Leur humilité serait protégée si, dans la prière, ou d'une autre manière, ils conseillaient à celui qui reçoit la bénédiction de ne pas mentionner les noms de ceux qui l'ont donnée, mais de donner au Seigneur tout les louanges, l'honneur et la gloire.

Parfois nous pouvons entendre des hommes se vanter et dire, "J'ai le don de guérir." Quelle affirmation hasardeuse! Je craindrais que le Seigneur ne m'entende et ne me châtie comme il l'a fait avec Moïse, ou qu'il m'ôte un don quelquonque que je puisse avoir.

Quelquefois des missionnaires se vantent du nombre de conversions qu'ils ont eus. C'est le Saint Esprit qui convainc les hommes et leur témoigne de la véracité de l'évangile. Les missionnaires peuvent donner, à juste titre, le nombre de baptêmes qu'ils ont accomplis, car il s'agit là d'un acte physique; mais il n'est jamais justifié de se proclamer l'auteur de la conversion des autres.

Esaïe a dit:

Et l'homme simple ne s'incline pas, et le grand homme ne s'humilie pas; c'est pourquoi, ne lui pardonne point. (2 Néphi 12:9)

Que de leçons glorieuses nous apprenons de l'histoire:

Le bien-aimé Daniel, le captif, avait une grande compréhension et un bon jugement, cependant il n'a jamais perdu son humilité. Il réussit à recréer le rêve de Nebuchadnezzar et à l'interpréter. Quand ce roi là lui demanda:

. . . Es-tu capable de me faire connaître le songe que j'ai eu et son explication?

Le modeste Daniel a dit:

. . . (personne n'est) capable de découvrir au roi. Mais il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets. (Daniel 2:26-28)

Et, encore sous le régime de Belshazzar, de grands honneurs lui étant accordés, Daniel resta fidèle à sa foi, ses prières, et son Dieu.

Alors qu'il aurait pu avoir de grands honneurs et un pouvoir quasi illimité, il choisit de garder humblement sa conscience claire. Plutôt que de compromettre ses principes, il a souffert dans la fosse aux lions.

Ammon, qui a servi une mission de quatorze ans chez les Lamanites, voulait bien être un serviteur afin de trouver l'occasion de faire avancer la cause. Quand on lui a demandé s'il était de nature divine, le Grand Esprit, il ne garda aucun honneur pour lui mais leur dit qu'il était juste un homme.

Ceci nous fait penser au manque d'humilité d'Aaron et de Marie, qui, jaloux de l'importance de leur frère Moïse, se plaignaient de lui:

. . . Est-ce seulement par Moïse que l'Eternel parle? N'est-ce pas aussi par nous qu'il parle? (Nombres 12:2)

Ceci nous rappelle cette déclaration de Wolsey, dans Le Roi Henri VIII,

Si j'avais servi mon Dieu avec la moitié du zèle
Que j'ai servi mon roi, il ne m'aurait pas laissé dans mon âge avancé
Aller nu devant mes ennemis. (Acte III, ii, 448)

Le grand Pierre a montré son humilité quand lui et Jean ont guéri le mendiant au temple et quand la foule s'apprêtait à les adorer. ". . . Pourquoi avez-vous les regards fixés sur nous, comme si c'était par notre propre puissance ou par notre piété que nous eussions fait marcher cet homme?" (Actes 3:12)

Le roi Saül d'Israël est semblable à beaucoup parmi nous, hommes modernes, qui commençons nos oeuvres publiques avec une grande humilité mais la perdons quand le travail devient routine. Il a été appelé par révélation par Samuel, le prophète, et fut tiré de l'écurie afin de gouverner Israël. Dans sa modestie, il avait dit au prophète,

. . . Ne suis-je pas Benjamite, de l'une des plus petites tribus d'Israël? Et ma famille n'est-elle pas la moindre de toutes les familles de la tribu de Benjamin? Pourquoi donc me parles-tu de la sorte?" (1 Samuel 9:21)

Et le prophète l'embrassa, l'oignit et le mit à part pour être le roi d'Israël, et lui promit que l'esprit du Seigneur viendrait sur lui et qu'il prophétiserait ". . . et tu seras changé en un autre homme. . . car Dieu est avec toi." (1 Samuel 10:6,7)

"Dès que Saül eut tourné le dos pour se séparer de Samuel, Dieu lui donna un autre coeur et. . . voici une troupe de prophètes vint à sa rencontre. L'Esprit de Dieu le saisit, et il prophétisa au milieu d'eux" (1 Samuel 10:9,10)

Mais Saül ne resta pas fidèle. Il perdit son humilité, accomplit illégalement des ordonnances, désobéit au Seigneur et ne fut plus apte à remplir la haute fonction qu'il occupait. Le prophète Samuel avait répété ces paroles classiques:

. . . Lorsque tu étais petit à tes yeux, n'es-tu pas devenu le chef des tribus d'Israël, et l'Eternel ne t'a-t-il pas oint pour que tu sois roi sur Israël?. . .
. . . Puisque tu as rejeté la parole de l'Eternel, Il te rejette aussi comme roi. (1Samuel 15:17,23)

Et l'esprit du Seigneur partit de Saül. Il ne reçut plus de révélations. La sorcière d'Endor est devenue sa seule source d'inspiration.

Dans Ether, il est raconté que l'homme faible, sous la direction du Seigneur, est plus fort que le plus sage et le plus puissant:

. . . Les insensés se moquent, mais ils se lamenteront; et ma grâce est suffisante pour les humbles, afin qu'ils ne tirent aucun avantage de votre faiblesse; Et si les hommes viennent à moi, je leur démontrerai leur faiblesse. . . afin qu'ils soient humbles, et ma grâce suffit à tous ceux qui s'humilient devant moi; car s'ils s'humilient devant moi, et ont foi en moi, alors je rends fortes pour eux les choses qui sont faibles. (Ether 12:26-27)

Alma posa cette question:

Avez-vous marché en restant innocents devant Dieu? Si vous étiez appelés à mourir à l'instant, pourriez-vous dire en vous-mêmes, que vous avez été suffisamment humbles? (Alma 5:27)

Le Prophète Joseph Smith, dans notre propre dispensation, nous a laissé ceci:

Quand les Douze ou tout autre témoin se tiennent devant les congrégations de la terre, et prêchent avec le pouvoir et les démonstrations de l'Esprit de Dieu, et quand les gens sont étonnés et déconcertés par la doctrine, et disent, "Cet homme a donné un discours très puissant, un grand sermon," alors laissez cet homme ou ces hommes prendre garde à ne pas en attribuer la gloire à eux-mêmes, mais à veiller à être humbles et à imputer louanges et gloire à Dieu et à l'Agneau; car c'est par le pouvoir de la Sainte Prêtrise et le Saint Esprit qu'ils reçoivent le pouvoir d'ainsi parler. Qui es-tu, ô homme, sinon de la poussière? Et de qui reçois-tu la puissance et les bénédictions, sinon de Dieu?

Qui a le droit de se montrer suffisant et prétentieux pour ses propres pouvoirs, accomplissements ou talents? Dieu nous a donné notre souffle, notre vie, nos talents, nos cerveaux, nos capacités.

Je pense que la leçon donnée à Job est valable pour nous tous:

L'Eternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit. . .
Où étais-tu quand je fondais la terre?. . . Qui en a fixé les mesures. . . Ou qui a étendu sur elle le cordeau?
Sur quoi ses bases sont-elles appuyées? Ou qui en a posé la pierre angulaire?. . .
Qui a fermé la mer avec des portes?. . .
Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin?. . .
As-tu vu les portes de l'ombre de la mort?. . .
Es-tu parvenu jusqu'aux amas de neige? As-tu vu les dépôts de grêle?. . .
Qui a ouvert un passage à la pluie, et tracé la route de l'éclair et du tonnerre,
Pour que la pluie tombe sur une terre sans habitants?. . .
Pour qu'elle abreuve les lieux solitaires et arides, et qu'elle fasse germer et sortir l'herbe?
La pluie a-t-elle un père? Qui fait naître les gouttes de la rosée?
De sein de qui sort la glace, et qui enfante le frimas du ciel?. . .
Elèves-tu la voix jusqu'aux nuées, pour appeler à toi des torrents d'eaux?
Lances-tu les éclairs?. . .
Qui a mis la sagesse dans le coeur?. . .
Qui peut. . . verser les outres des cieux,
Pour que la poussière se mette à ruisseler, et que les mottes de terre se collent ensemble?. . .
Qui prépare au corbeau sa pâture?. . .
L'aile de l'autruche de déploie joyeuse; on dirait l'aile, le plumage de la cigogne. . .
Est-ce toi qui donnes la vigeur au cheval?. . .
Est-ce par ton intelligence que l'épervier prend son vol et qu'il étend ses ailes vers le midi?. . .
Est-ce par ton ordre que l'aigle s'éléve et qu'il place son nid sur les hauteurs?. . .
As-tu un bras comme celui de Dieu, une voix tonnante comme la sienne?. . .
Celui qui dispute contre le Tout-Puissant est-il convaincu? Celui qui conteste avec Dieu a-t-il une réplique à faire?
Job répondit à l'Eternel et dit:
. . . Je mets la main sur ma bouche.
(Job 38:1,4,5,6,8,12,17,22,25-29,34-38; 39:3,16,22,29,30; 40:4; 39:35-37)

Alors que je recevais en consultation un frère en difficulté, je fis suivre cette consultation d'une lettre que je lui adressai. J'aimerais citer deux ou trois paragraphes de cette lettre.

Etendu dans mon lit, je pensais à beaucoup de choses, y compris la vie du Sauveur, et ses exemples divins. Jamais auparavant je ne me suis senti aussi proche de l'ordonnance du "lavage des pieds." J'ai vu ces Disciples, peut-être loin des facilités où ils pouvaient se laver. Ils avaient probablement marché dans leurs sandales ouvertes à travers des rues où aucun équipement moderne n'avait ramassé les détritus -- où aucun ruisseau n'avait nettoyé les canivaux -- où les chameaux et les chevaux s'étaient allongés -- où les moutons et les chèvres avaient passé -- où les humains avaient craché et où les ivrognes s'étaient affalés. C'est en passant dans ces rues que les disciples étaient arrivés à cette maison pour la fête de la Pâque, et leur Maître et Seigneur était parmi eux.
Il aurait pu instituer une ordonnance en lavant leurs visages, ou en oignant leurs têtes d'huile. Il aurait pu embrasser leurs sourcils, leur tapoter le dos, ou caresser leur barbe. Rien de tel -- à genoux, prenant de l'eau de sa bassine, il lava les pieds souillés et poussiéreux, et, avec sa propre serviette, il sécha leurs pieds durs et calleux.
"Le serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur," leur dit-il. Il aurait pu établir des règles dans son royaume par lesquelles un hochement de tête, une poignée de main, un baiser ou une signature auraient pu être la condition requise pour entrer dans le royaume, au lieu du baptême, mais il ne l'a pas fait.
Montrant le chemin, Il est entré dans les eaux impures d'une rivière polluée, et en est ressorti mouillé et échevelé. Il ne demanderait rien que, Lui, ne puisse faire. Il aurait pu demander à Son Dieu de le baptiser, ou accomplir le baptême par d'autres moyens surnaturels, mais il a laissé Son immersion se faire par l'intermédiaire d'un homme simple, rude, fruste, déjà considéré par certains comme étant excentrique et fanatique.
Il aurait pu vivre dans des manoirs, conduire des chameaux et fraterniser avec les instruits, les riches et les puissants, mais il ne possédait même pas la maison du renard ou de l'oiseau. Il a marché ces kilomêtres épuisants et poussiéreux et se fit l'ami des malades, des lépreux, des Samaritains rejetés et des humbles pêcheurs.
Le Seigneur a réalisé pleinement que les choses qu'il demandait ne seraient pas faciles; Il savait que cela mettrait la patience à l'épreuve et entrerait en lutte avec l'orgueil, et que les faibles reculeraient. Il n'exigea pas "un oeil pour un oeil," la revanche ou la vengeance, mais le bien pour le mal, le second mile, la tunique et le manteau, et l'amour pour les ennemis et les persécuteurs, aussi bien que pour les amis et les proches.
Son programme imposait non seulement la mise hors la loi du meurtre, mais aussi de la haine et de la colère; non seulement l'interdiction de l'acte de l'adultère, mais aussi de l'adultère en pensée; non seulement le pardon de l'offenseur repentant, mais aussi de l'accusateur ou du persécuteur non repenti.

Non seulement le missionnaire mais nous tous avons besoin d'humilité et de douceur, d'un rapprochement avec le Seigneur, une reconnaissance de son grand amour pour nous et des dons qu'il nous accorde. Si nous pouvons devenir importants, tenir de hautes positions, être honorés de façon extraordinaire, recevoir des louanges, et, cependant, rester humbles -- voilà le test.

Kipling nous a donné cette strophe:

Si vous pouvez croiser le Triomphe et le Désastre
Et traiter ces deux imposteurs de la même façon. . .
Si vous pouvez parler à des foules et garder votre vertu,
Ou marcher avec les Rois -- sans perdre le contact humain. . .
A vous appartient la terre et tout ce qui s'y rattache. . .

Pouvons-nous dire alors que

L'humilité est la royauté sans la couronne,
La grandeur en vêtements simples,
L'érudition sans décoration,
La richesse sans l'ostentation,
Le pouvoir sans le sceptre ou la force,
La position sans faveurs préférentielles,
La grandeur assise parmi la congrégation,
La prière dans des endroits discrets et non pas au coin des rues,
Le jeûne en silence sans publicité,
La vaillance sans étiquette,
La supplication sur ses genoux,
La divinité sur un âne.

Quelqu'un a écrit ces courtes lignes. Puis-je conclure avec celles-ci:

Aide-moi à rester humble, Seigneur.
Je crains, dans ma jeunesse insouciante,
Remplie de rire étourdi,
De rire trop fort et d'oublier de pleurer,
De trop chanter et d'oublier de soupirer,
De trop vivre et de craindre la mort.
Aide-moi à être humble, Seigneur.

Puissions-nous tous être doux, modestes et humbles comme notre Seigneur nous en a montré l'exemple, je prie pour cela au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen.

 
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